Les Monty Python, un symbole de l'humour britannique

L’humour britannique, c’est quoi ?

Comment reconnaître l’humour anglais de l’humour français ? L’humour anglais souligne avec amertume et désespoir l’absurdité du monde. L’humour français se rit de ma belle-mère

Pierre Desproges

Evidemment, la définition de Pierre Desproges, si elle n’est pas fausse, reste caricaturale.

Il y a plusieurs styles d’humour anglais même si bien évidemment on peut dégager une dominante (mais qui ne se retrouve quand même pas uniquement outre-manche) : l’absurde ou le non-sense. 

D’ailleurs ne devrait-on pas parler d’humour britannique ? Par exemple, parmi les chantres de l’absurde on trouve Oscar Wilde et Samuel Beckett (tous deux nés à Dublin alors britannique). Et,  de fait, de l’autre côté de la Manche on parle bien de « British humour » !

Bref, oui il y a bien un humour spécifique anglais ou plutôt des îles britanniques, qui joue beaucoup sur l’auto-dérision, l’absurde, l’humour pince-sans-rire, l’humour noir, la satire.

L’histoire de l’humour britannique débute au temps des fous des rois au Moyen Âge. Ben Johnson, Sterne et Shakespeare l’ont manié avec beaucoup d’aisance, et en ont fait une composante majeure de l’écriture et du théâtre britanniques.

 » Qui fit le premier observer les inconséquences de notre air et de notre climat? Quelqu’il fut, son observation était juste et l’on en a déduit que l’abondante variété chez nous des caractères étranges, et des cerveaux bizarres avait là sa source… Il faut voir dans cet ample magasin de matériaux originaux la vraie cause naturelle du fait que nos comédies dépassent de loin celles produites en France et qu’on a pu ou pourra écrire sur le continent entier… cette étrange inconstance du climat, cause d’une égale inconstance des caractères, nous offre ainsi une certaine compensation en nous donnant que quoi rire à l’intérieur quand le mauvais temps nous interdit de mettre le nez dehors… »

Laurence Sterne

Vie et opinions de Tristram Shandy, gentilhomme (1776)

Le système de classe à l’anglaise a aussi une répercussion sur l’humour qui a une forme plus aristocratique (le nonsense de Lewis Carroll par exemple) et une forme plus populaire (le comique de music hall – dont le représentant le plus connu en France est Benny Hill).

On trouve à travers l’humour britannique une valorisation de l’excentricité. Celle-ci devient presqu’une valeur noble. Il faut lire par exemple GK Chesterton – notamment sa nouvelle  « The Unpresentable Appearance of Colonel Crane » (1925) où un colonel, qui veut tester son entourage, décide de porter un chou sur la tête.

En Grande-Bretagne, le comique a cette particularité d’être intégré à l’intelligentsia. Il n’est pas honteux de faire de la comédie (comme il pourrait l’être en France). En France, le drame reste le canal d’expression le plus noble. Toute touche d’humour dans un drame  y sera vu comme une concession. Outre-manche, même dans les oeuvres dramatiques et engagées, il y a souvent de l’humour (regardez les films de Ken Loach).

L’humour britannique s’exprime beaucoup dans la littérature, le théâtre, la télévision, le spectacle vivant et les fictions radio. Souvent avec une belle liberté de ton (l’ascension du « horribly awkward humour » représenté notamment par « Little Britain » dans les années 90 a toutefois fait grincer de dents). Cette liberté se heurte souvent au cinéma (où pour des raisons de coût de production et d’export vers les USA – une nécessité pour le cinéma britannique), le ton comique est très souvent dilué (les films des Monty Python sont quasiment des exceptions – là aussi je grossis le trait mais par exemple les génies comiques de Steeve Coogan ou Ricky Gervais ne sont jamais exprimés de façon satisfaisante au cinéma). En France, l’humour me semble se concentrer sur le cinéma et les spectacles vivants, et s’adresser à une audience quasi exclusivement populaire. 

L’humour britannique en France

En France, la perception de l’humour britannique (souvent qualifié d’anglais !) se limite à deux ou trois références.

La plupart des trentenaires et plus se souviennent de la diffusion de l’émission de Benny Hill sur FR3/France 3 de 1980 à 2000. Et tout le monde se souvient de Mister Bean diffusé pour la première fois sur Arte en 1993 et depuis multi rediffusé sur d’autres chaines.

Les Monty Python sont pour leur part relativement connus de nom. Mais assez peu de gens ont finalement vu leurs films et encore moins leur émission mythique The Flying Circus.  Seuls quelques films post-Monty Python ont bénéficié sur notre territoire d’une diffusion en prime time sur des chaines généralistes (hors le cas spécifique d’Arte) car plus classiques comme « Un poisson nommé Wanda ».

Les Français connaissant aussi les comédies romantiques anglaises grand public (Quatre mariages et un enterrement, Bridget Jones, Love Actually,…), les comédies sociales (The Full Monty) ou encore les comédies plus trash de Guy Ritchie (Arnaques, crimes et botanique, Snatch) ou de Danny Boyle (Petits meurtres entre amis) . Quant aux plus cinéphiles, ils ont peut-être vu les comédies Ealing des années 40 et 50.

Le problème étant qu’entre Benny Hill et les Monty Python, il y a un sacré gouffre. L’humour britannique est très diversifié, et les Français n’ont pas une vision globale de l’humour britannique. Leur perception est souvent très partielle, voire remplie de préjugés.

Nombre de personnalités majeures de l’humour anglais sont totalement inconnus en France : le légendaire The Goon Show dans les années 50 (mais c’était surtout de la radio ! on connait toutefois quand même l’un de ses membres Peter Sellers pour sa carrière au cinéma !), Peter Cook (qui est souvent considéré comme le plus grand comique que l’Angleterre ait connu), les sitcoms des années 60 à 80, de grands classiques comme « Porridge », « Dad’s Army », « Only Fools and Horses »,…

Aujourd’hui avec la multiplication des canaux de diffusion (internent en légal ou non, télévision), de nombreuses séries d’humour anglais atteignent le public français. Donc oui les jeunes (de préférence un peu geeks) ont une meilleure connaissance de l’humour anglais et de sa variété. L’humour anglais a d’ailleurs envahi le monde geek notamment avec la Cornetto trilogy d’Edgar Wright. Mais aussi le succès international de Doctor Who  (série de SF mythique relancée en 2005 et qui fait usage régulier à un humour très british et dont le personnage central est un portrait craché de l’excentrique à l’anglaise)

En parlant d’excentricité, il faut mentionner The Avengers (Chapeau Melon et bottes de cuir) et « The Persuaders » (Amicalement vôtre) qui dans les années 70 et 80 ont permis de diffuser l’excentricité anglaise sur le petit écran français. Même la série classique de Dr Who a été diffusé tôt le matin sur TF1 dans les années 80.

Il y a donc toujours eu un contact entre l’humour anglais et le public français même si celui-ci reste limité. Mais le contact se créé aussi de manière indirecte. Les humoristes français se sont largement inspirés de leurs homologues d’outre-manche. Outre Pierre Desproges, c’est le cas notamment de pas mal de représentants de « l’humour Canal » : les Nuls, les Robins de Bois ou encore le duo Antoine de Caunes / José Garcia dans « Nulle Par ailleurs ». 

Reste que l’humour britannique est considéré comme élitiste en France (beaucoup vous diront « l’humour anglais, ce n’est pas pour moi »). D’ailleurs le cas des livres de la série H2G2 traduits en français dans les années 80 est intéressant. Ils ont eu un succès d’estime non négligeable (et pas évident pour de l’humour britannique de SF ! C’est pointu), mais le traducteur (Jean Bonnefoy) avait adapté le texte à l’humour français (utilisant un style et des jeux de mot très proches dans le ton des comédies françaises des années 70 et 80) quitte à en déformer complètement l’esprit.

L’humour anglais à travers quelques auteurs et oeuvres

HUMORISTES

Peter Cooke
Rowan Atkinson
Sacha Baron Cohen
Steve Coogan
Peter Sellers
Spike Milligan
Ricky Gervais et Stephen Merchant
Vic and Bob
The League of Gentlemen (Jeremy Dyson, Mark Gatiss, Steve Pemberton, Reece Shearsmith)
Simon Pegg
Benny Hill
Dylan Moran
Matt Lucas

CINEMA

The 39 steps (1935)
The Lady Vanishes (1938)
Kind Hearts and Coronets (1949)
Toubib or not toubib (1954)
The Ladykillers (1955)
Carry On Nurse (1959)
I’m All Right Jack (1959)
Tom Jones (1963)
Help (1965)
The Knack… and How to Get It (1965)
Bedazzled (1967)
Monty Python’s holy grail (1975)
Life of Brian (1979)
That sinking feeling (1979)
Britannia Hospital (1982)
Brazil (1982)
Local Hero (1983)
Withnail & I (1987)
A Fish Called Wanda (1988)
Four weddings and a funeral (1994)
Lock, Stock and Two Smoking Barrels (1998)
Shaun of the Dead (2004)
Severance (2006)
A cock and bull story (2006)
Borat (2006)
In Bruges (2008)
The Boat That Rocked (2009)

LITTERATURE

Geoffrey Chaucer (1340-1400)
Ben Johnson (1572-1637)
Shakespeare (1564-1616)
Laurence Sterne (1713-68)
Jonathan Swift (1667-1745)
Lewis Carroll (1832-98)
Oscar Wilde (1854-1900)
GK Chesterton (1874-1936)
PG Wodehouse (1881-1975)
Samuel Beckett (1906-89)
Sue Townsend (1946-2014)
Terry Pratchett (1948-2015)
Douglas Adams (1952-2001)
Jonathan Coe (1961-)

RADIO

The Goon Show (1961-60)
The Mighty Boosh
The Hitchhiker’s Guide to the Galaxy (1978-1980)
Little Britain (2000-2002)

TELE

The Avengers (1964-69)
Not Only… but also (1965-1970)
Till Death US Do Part (1965-1975)
Dad’s Army (1968-77)
The Monty Python’s flying circus (1969-74)
Yes Minister / Yes Prime Minister (1980-88)
Only Fools and Horses (1981-2003)
The Young Ones (1982-84)
Blackadder (1983-1989)
Red Dwarf (1988-1999)
Mr Bean (1990-95)
Bottom (1991-95)
Father Ted (1995-98)
Spaced (1999-2001)
The League Of Gentlemen (1999-2002)
Black Books (2000-2004)
The Office (2001-2003)
Little Britain (2003-07)
The Mighty Boosh (2004-07)