Jonathan Coe est l’un de ces écrivains qui sait manier avec un talent certain la satire sociale. mais qui sait aussi construire une narration complexe et ambitieuse, et  donner corps à des personnages qui dans d’autres mains, moins expertes, pourraient sembler quelconques.

Coe est un « jeune écrivain » qui vient tout juste de passer le cap de la cinquantaine et a déjà neuf livres à son actif dont les excellents Testament à l’anglaise (What a carve up!), Bienvenue au club (the rotter’s club ») et sa suite Le cercle fermé (the closed circle), des modèles de satire sociale entièrement tricotés à la main avec des fils d’acide.

Dans Testament à l’anglaise, Coe a prouvé qu’il était l’un des meilleurs décrytpeurs du bouleversement sociétaire provoqué par les années Thatcher. Son portrait des différents membres de l’ignoble famille Winshaw rappelle par son côté farce noire le fabuleux classique de Ealing « Noblesse oblige ». Il faut dire que la famille Winshaw est bien gâtée avec ses rejetons : Hilary est une  ancienne productrice télé qui n’a eu cesse de détruire toute notion de télévision de qualité et qui s’épanche à présent contre tout et n’importe quoi (selon ses intérêts du moment) dans sa célèbre chronique publiée dans un grand quotidien populiste, Roddy est un célèbre marchant d’art qui cherche surtout dans l’art le sexe et l’argent, Thomas un banquier d’affaires qui ne pense qu’en dividendes et taux d’intérêts (mais investit quand même dans le cinéma pour avoir accès aux tournages de scènes un peu chaudes), et Mark vend des armes à Saddam Hussein et travaille avec d’anciens nazis.

Parallèlement nous suivons le destin d’un ex-jeune écrivain plein de promesses à qui une vieille tante internée en asile psychiatrique a commandé une biographie de la susdite famille, et n’a pas arrêté d’accuser son frère aîné d’avoir commandité la mort de son jeune frère, dont l’avion a été abattu alors qu’il était parti bombarder les nazis.

Bref, voici une famille qui vous ferait presque aimer la vôtre! La construction ambitieuse et alambiquée du roman (à grand coups de flahsbacks)  pourra désarçonner certains lecteurs, mais le résultat est très réussi, et à la fois émouvant et très drôle.

(Personnellement j’aime bien écouter de la musique quand je lis, et j’ai dévoré ce livre en écoutant en boucle « Let England Shake » de PJ Harvey (un mariage fort réussit à mon gout).

Bienvenue au Club et Le Cercle fermé nous proposent pour leur part une véritable saga recoupant le destin de plusieurs amis de l’ère pré -tachérienne (début des années 70) au blairisme des années 90. Ces deux livres forment un tout, et constituent sûrement le chef d’oeuvre de Coe.

En 2010, Jonathan Coe rencontre à nouveau le succès avec son dernier livre ‘La vie très privée de Mr Sim‘, road-trip d’un représentant en brosses à dents amoureux de son GPS où Coe balance sa veine satiriste sur la période actuelle.

De toute façon, au GOS on ne peut qu’aimer un auteur qui a eu la bonne idée de baptiser son troisième roman avec un titre aussi bon que Les nains de la mort  (The dwarves of death) – livre qui déjà dans ses thèmes et son traitement, évoque les chefs d’oeuvre à venir.

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